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mercredi, 16 mars 2016 11:41

"Les entreprises ne doivent pas se priver de 50% des forces vives"

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Pour Chantal Francoeur, le management au féminin est marqué par « une vision plus globale et une créativité marquée ». De quoi faire bouger les lignes. Pour Chantal Francoeur, le management au féminin est marqué par « une vision plus globale et une créativité marquée ». De quoi faire bouger les lignes. archives LNC

Avec son équipe, la vice-présidente ressources humaines et communications de Koniambo Nickel a recruté plus de 1 000 personnes sur une période de vingt-quatre mois. Des effectifs composés à 30 % de femmes. Un record dans le secteur minier. Entretien avec Chantal Francoeur.

  • Les Nouvelles calédoniennes : Est-ce facile aujourd’hui d’embaucher des femmes ?

Certaines idées sont encore bien ancrées, comme le fait qu’employer une femme est difficile car il faut gérer des équipes mixtes et faire face à la question du congé maternité. Aujourd’hui la main-d’œuvre féminine représente 50 % du potentiel disponible. Les entreprises ne doivent pas se priver de 50 % des forces vives.
 

  • Comment contourner ces écueils ?

Il faut amener les entreprises à y voir une opportunité, non pas un blocage. Le remplacement d’une personne en congé maternité est la possibilité de former d’autres personnes pour développer des compétences transversales. D’une façon plus générale, la féminisation est l’opportunité de transformer les postes de travail. Ceux qui ne sont pas adaptés aux femmes ne le sont pas plus aux hommes auxquels ils posent également des problèmes de santé et de sécurité. Quand des entreprises ont pris le pari de féminiser les postes en travaillant sur l’ergonomie ou la logistique, tout le monde a été gagnant.
 

  • Comment avez-vous réussi à atteindre un tel taux de féminisation dans les rangs de KNS ?

En 2011, nous avions énormément de mal à avoir des candidatures en province Nord. J’ai demandé le taux de diplômés sur cette zone au cours des cinq dernières années. Nous avons constaté que de nombreux jeunes étaient diplômés et que 51 % d’entre eux étaient des femmes qui, de surcroît, avaient de meilleures notes.
 

  • Comment avez-vous réussi à les amener à vous ?

Nous avons décidé de jouer la carte de la proximité et d’aller à la rencontre des jeunes dans les tribus et les communes. Nous avons vu environ 500 personnes. Il en est ressorti un groupe de 300 personnes dont 50 % de femmes. A terme, elles représentent 30 % de nos effectifs.
 

  • Comment se situe ce taux dans le secteur de la mine ?

Il y a en Calédonie un phénomène intéressant si l’on regarde les chiffres. En 2015, les femmes pesaient 4 % du secteur minier canadien. En France, en 2014, elles représentaient 27 % des ingénieurs tous secteurs confondus et seulement 3 % dans la mine. En Australie, elles sont 18 %. En 2015, les Calédoniennes avaient une part de 20 % du secteur. Donc à l’échelle de grands pays industriels et miniers la Calédonie est en avance. KNS l’est d’autant plus avec ses 30 %. Nous sommes possiblement l’entreprise minière qui a le plus fort taux d’emploi de femmes au monde ! Et la Nouvelle-Calédonie, sans en avoir conscience, est tête de peloton.
 

  • Comment la Canadienne que vous êtes a-t-elle abordé le management en Calédonie ?

Il ne faut absolument pas nier les différences culturelles. Par exemple, les Anglo-Saxons vont se concentrer sur le résultat. Le « comment » leur importe peu. Ici, ce formalisme est très important. La culture calédonienne est très particulière et très riche. Il faut être capable de la comprendre et de l’appliquer au management. Il est fondamental d’aller chercher des managers locaux qui vont permettre de la comprendre. Il faut ensuite s’appuyer sur les forces de cette culture, en faire un levier pour que tout le monde puisse comprendre et adhérer à la culture de performance. Je ne dis pas que c’est facile, mais ça marche.
 

  • Quelles sont ces forces ?

Le côté collectif est moteur et fédérateur. Il faut donc amener la performance de façon à ce qu’elle soit plus collective que personnelle. Grâce au système éducatif, les Calédoniens arrivent dans les entreprises avec des bases solides. Ils ont une bonne connaissance générale et des techniques d’analyse et de synthèse qui facilitent beaucoup l’assimilation des méthodes de travail. Et, chez nous, à KNS, peu importe l’ethnie, les gens sont très fiers de travailler pour cet instrument qui va concourir à bâtir l’avenir du pays.
 

  • Les femmes sont-elles l’un de ces atouts ?

Après mon arrivée, j’ai passé une journée en tribu. J’ai été très impressionnée par la préparation du repas. Toutes ces femmes qui s’activaient dans le calme avec une organisation du travail que beaucoup rêveraient d’avoir. Cela m’a convaincue du fait que l’on aurait des femmes dans nos managers.

Bio express

C’est dans différents ministères canadiens que Chantal Francoeur a commencé sa carrière après un certificat en administration obtenu en 1981 à l’université du Québec. Son premier poste dans les mines remonte à 1989. Un secteur qu’elle ne quittera plus, tout comme les ressources humaines. L’occasion pour elle de vivre et de participer à trois démarrages de complexes industriels d’envergure, deux au Canada et le dernier, KNS, en Nouvelle-Calédonie. Un territoire qu’elle a rejoint en 2010 en tant que vice-présidente ressources humaines et communication pour Koniambo Nickel.

Sa carrière lui a valu voici peu de figurer parmi dans le top 100 de l’organisme international « Women in mining ». Son nom figure parmi les 100 femmes qui comptent dans le secteur minier. Elle y est décrite comme « fervente actrice de l’avancement des femmes tout au long de sa propre carrière, Chantal Francoeur était souvent elle-même la première femme à accéder à des postes à responsabilité dans des domaines auparavant exclusivement masculins. De par sa présence et ses actions, elle participe à la création d’un tissu social au sein des entreprises favorables au développement et à l’évolution des femmes, notamment en faisant évoluer les comportements. »

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